Découvertes maritimes

Texte (enrichi) de ma conférence du 26/4/2001 à l’Université du Temps Libre en pays d’Arlon, Belgique

Avant-Propos

J’ai voulu commencer cette présentation par une question: Pourquoi le Portugal, un pays géographiquement petit par rapport à d’autres, fut-il amené à jouer un rôle tellement important sous le point de vue du développement culturel et des connaissances humaines et scientifiques des XV, XVI et XVII siècles, dans l’avènement de cette nouvelle mentalité universelle – et ses plusieurs formes d’expression artistique – que fut la Renaissance?

La réponse à cette question constitue exactement le but de cet ouvrage, une aventure que je vais essayer de mener à bon port à travers les méandres périlleux et parfois « trompeurs » des annales de l’histoire maritime.

Il faut pourtant bien insister sur le fait que rien n’est arrivé par hasard – l’idée fut pensée et mûrie, correspondant à un objectif national précis – et aucune action n’aurait pu être entreprise si le peuple portugais n’avait pas le caractère et l’état moral appropriés, les capacités et la volonté requises.
 

Introduction

Ce texte vous parlera des découvertes maritimes du Portugal, pays dont la tradition maritime se perd dans la mémoire des temps, même si sa contribution culturelle pour le monde s’est conservée jusqu’à nos jours.

Le Portugal a ouvert le chemin à tout un ensemble d’objectifs humains tel que le développement d’autres terres et de nouveaux marchés; une compréhension plus approfondie des différents peuples et cultures; frutoexotico2 et l’éveil de la curiosité face à la diversité botanique et zoologique de ce monde jusque là inconnu des Européens. Les « caravelas »  (caravelles) portugaises croisèrent les océans dans toutes les directions, l’observation directe apportant expérience et information et permettant, en échange, la divulgation de la mentalité européenne et aussi de la foi chrétienne, la religion ayant été invoquée comme la force motrice spirituelle et le but principal des expéditions maritimes.

Le vrai défi commence en 1433 lorsque Gil Eanes double le Cap Bojador, et à partir de ce moment l’aventure va de plus en plus en avant. En 1487 bartolomeudias Bartolomeu Dias arrive au Cap de Bonne Espérance – jusque là connu sous le nom de Cap des Tourmentes – ce qui a permis l’accès à un autre espace maritime et rendu possible le contact avec le légendaire pays des civilisations orientales. L’aventure maritime portugaise atteint son zénith avec l’arrivée de la flotte portugaise en Inde en 1498, sous le commandement de Vasco de Gama, découverte qui en plus confirma la communication directe entre les océans Atlantique et Indien et mit un point final à l’ancienne idée que l’Océan Indien était une mer intérieure.

Deux ans plus tard, un autre navigateur portugais, Pedro Alvares Cabral, découvre le Brésil, et d’autres vaisseaux portugais continuent leur route vers l’Est et arrivent à Malacca et en Chine. Ce n’est qu’au XVI siècle que les Portugais arrivent au Japon, où ils ont été les premiers Européens à prendre contact avec la culture nipponne. Dans ces pays lointains, de l’Asie à l’Afrique et aux Amériques, le peuple portugais a laissé sa langue et sa culture et amené en Europe des idées nouvelles et des matériaux inconnus, des pierres précieuses et des épices. L’énorme impact culturel dans le monde de cette contribution portugaise peut bien être résumé dans ces mots de Camões, le grand poète portugais de la Renaissance: « … pour donner de nouveaux mondes au monde ».

Raisons de l’Expansion

Les raisons invoquées au fil du temps pour faire comprendre le début de cette épopée sont multiples et complexes. Plusieurs défendent la thèse que cela fut une conséquence d’exigences pratiques: l’étroitesse et la pauvreté du sol national forcèrent les Portugais à chercher de nouvelles terres. Personnellement je ne suis pas du même avis. Combien de peuples ont-ils vécu (et combien vivent encore aujourd’hui) dans des contrées beaucoup plus limitées et avec un sol incomparablement moins fertile, qui n’ont pourtant jamais ressenti le besoin de partir ailleurs? Bien contrairement à cette prétendue pauvreté du sol portugais tant du goût de quelques-uns, la diversité des conditions géographiques, géologiques et climatériques du Portugal permettent le développement d’espèces végétales de presque toutes les régions du monde. Déjà le célèbre botaniste suédois Carl van Liné disait que « la flore portugaise est une synthèse des flores de tout de monde« . Le seul problème, c’est que le peuple portugais n’a jamais su exploiter et profiter de cet avantage parce qu’il s’est trop tourné vers la mer insondable qui délimite ses côtes à l’ouest et au sud, vers l’univers océanique qui lui ouvrait le monde.

Je partage, ainsi, l’opinion de beaucoup d’autres auteurs pour lesquels la fascination des Portugais pour la mer est un trait national. J’oserais aller encore plus loin, en disant que le peuple portugais, en général, est fasciné par tout ce qui est étranger, au détriment de ce qui est dans le pays. Le paradoxe étant pourtant que, malgré ce besoin de partir loin du pays natal, il y conserve toujours des attaches affectives très fortes et que, plus tôt ou plus tard, il ressentira le besoin d’y retourner. Si nous donnons comme caractéristique humaine le fait de chercher toujours ailleurs ce qui est dans nous-mêmes, le peuple portugais en est un exemple flagrant.

Quelle qu’en fut cependant la raison de cette recherche des terres inconnues, un fait est incontestable: de part sa situation géopolitique singulière, l’expansion du Portugal au-delà des frontières terrestres, était impossible, une partie du territoire appartenant aux autres royaumes de l’Hispanie, l’autre partie – le Royaume de Grenade – étant encore aux mains des infidèles. Et si d’un côté le Royaume de Grenade pouvait constituer un potentiel candidat à l’expansion portugaise, d’un autre côté ce territoire était considéré comme zone d’influence surtout de Castille et d’Aragon, donc l’éventuelle intromission portugaise pourrait créer un conflit avec leurs intérêts.

L’expansion vers l’intérieur de la Péninsule Ibérique étant ainsi compromise, il ne reste plus au peuple portugais que tourner le regard vers d’autres horizons, vers cette mer qui les fascine et leur fait peur, qui est source de vie mais aussi de dangers mortels. La mer est donc la seule issue jugée possible.

Par ailleurs, la relation des Portugais avec la mer a des racines très anciennes et très profondes, qui plongent dans leur passé le plus éloigné.

En effet, le littoral du pays avait été visité depuis des siècles par des peuples maritimes venus de la Méditerranée, tels les Phéniciens, les Carthaginois et les Grecs. D’après la légende, d’ailleurs, la ville de Lisbonne aurait été fondée par Ulysse lors de son retour de Troie. En tout cas, une chose est sûre et certaine, d’après des sources historiques confirmées par des vestiges lors de fouilles, des marchands venus de Tir y ont fondé, aux alentours de 1200 av. J.-C., un entrepôt auquel ils donnèrent le nom de Alis Ubbo, ce qui voulait dire en phénicien « la rade merveilleuse » ou « la rade tranquille », d’après les traductions. Et ce sont eux aussi qui ont appelé Dagui au fleuve Tejo, ce qui dans leur langue signifierait « pêche abondante ». Aussi les Vikings, deux millénaires plus tard, ont-ils visité le littoral portugais à plusieurs reprises.

Pour les Portugais, la mer a donc fourni, depuis toujours, une partie de sa subsistance à travers la pêche, un moyen aussi de faire du commerce avec d’autres peuples et de recevoir ou de rendre de l’aide, si nécessaire. Nous en avons l’exemple lors de la conquête de Lisbonne aux Maures, en 1147, pendant laquelle le roi Afonso Henriques reçut l’aide lisboatomadade Croisés venus du Nord de l’Europe par la mer. Aussi les Portugais ont-ils envoyé des forces militaires navales en Castille et Aragon afin de les aider dans leurs combats contre les Sarrasins.

afonsohenriques Dans ces circonstances, ce n’est pas étonnant que déjà Afonso Henriques (1139-1185) ait procédé à la constitution d’une flotte et à la nomination de celui que nous pouvons considérer comme le premier amiral portugais – Dom Fuas Roupinho. Les premiers chantiers navals royaux, les teracenas, voient le jour déjà sous Sancho II (1223-1248), et la première mention sur la « caravela » (caravelle) portugaise – sûrement encore beaucoup dans le genre des anciens cáravos des Maures – apparaît dans un document étranger daté de 1226. Datent encore du XIIIe siècle les statuts de privilège accordés aux marins et aux charpentiers de marine. Le fait que le roi Afonso III (1248-1279) ait décidé de faire de Lisbonne la capitale officielle du royaume a aussi beaucoup influencé la vocation maritime portugaise.

Mis à part ces facteurs d’intime relation avec la mer – qui, d’après certains auteurs, relèvent presque d’un besoin de survie – une autre raison, celle-ci d’ordre religieux, peut aussi être invoquée comme force motrice de l’épopée maritime des Découvertes. Pour comprendre cela, il faut nous placer dans l’esprit de l’époque: la divulgation de la parole de Dieu rencontrait toujours des ennemis et parmi les plus agressifs se trouvaient les Musulmans. Les Portugais les avaient déjà affrontés à maintes reprises lors de la conquête du territoire portugais, mais ils seront obligés de les combattre, plus tard, à nouveau en Afrique et en Asie. La lutte contre les infidèles devenait ainsi le devoir de tout Chrétien. On commençait, d’ailleurs, à apercevoir un certain danger du côté des Turcs en Orient, et la papauté exhortait constamment à la conquête de terres et d’âmes pour l’Église.

Étant donné l’autorité dont jouissaient les pontifes, c’est donc naturel que cette lutte ait pris un caractère de croisade. Plusieurs bulles du Pape ont été expédiées dans ce sens, ce qui donnait une légitimité à toute guerre entreprise contre les infidèles, une fois que c’était « au service de Dieu ». Ces bulles du Pape assuraient, en plus, à la Couronne Portugaise et à ses descendants, la possession des terres conquises (ou découvertes).

D’autres facteurs peuvent encore s’ajouter aux deux raisons majeures que nous venons d’invoquer: la curiosité « scientifique » qui commençait à s’éveiller dans l’esprit des Portugais, (a) grâce aux connaissances chaque fois plus intéressantes en astronomie et en géographie; (b) les nouvelles et récits fantastiques qui arrivaient de pays lointains; et (c) les richesses insoupçonnées de ces royaumes fabuleux.

agulhamarear En effet, le développement des connaissances scientifiques de l’époque contribuèrent beaucoup au succès des grandes Découvertes maritimes. Jusqu’à cette époque, la navigation était côtière et c’était donc par rapport à la côte que les marins identifiaient la route à suivre. Ils se faisaient aussi aider, parfois, en suivant le vol des oiseaux; ou, alors, en se basant sur les courants maritimes. Toutes ces difficultés furent dépassées lorsque la boussole – qui avait été inventée en Chine – fut introduite en Occident par les Arabes, probablement déjà à la fin du XIIe siècle. On l’appelait «compas de mer». Une réplique du plus ancien exemplaire de fabrication portugaise se trouve au Smithsonian Institute de Washington, aux Etats-Unis.

La navigation côtière était celle pratiquée par les Génois, les Vénitiens, et les Arabes en Méditerranée, mais elle ne servait pas à naviguer en Atlantique, où les courants maritimes et les vents contraires interdisaient très souvent cette méthode. Seule l’observation astronomique pouvait résoudre ce problème.

latitudeAinsi, pour déterminer la latitude, les navigateurs eurent d’abord recours à la position de l’étoile polaire.

Plus tard, lorsque la navigation s’effectuait aussi dans l’hémisphère sud, où l’étoile polaire n’était plus visible, on calculait la latitude à l’aide de tout autre étoile, et aussi par la position du soleil. Les tables avec les différentes hauteurs solaires s’appelaient «almanachs»; pour ce qui est des latitudes par la astrolabio position de l’étoile polaire, le «Règlement du Nord» ou «Règlement de l’étoile polaire» fut le texte le plus important de l’art nautique, et se trouve dans les «Guides Nautiques».

Pour déterminer les positions des astres, les navigateurs avaient recours au quadrant, à l’astrolabe de mer et, plus tard, à l’arbalestrille. De ces instruments, le plus utilisé par les Portugais fut l’astrolabe.

Si à tous ces facteurs dont nous venons de parler, nous ajoutons aussi l’esprit guerrier et aventurier du peuple portugais – surtout de la noblesse, qui rêvait de nouvelles gloires et prestige – et le fait que la position stratégique du Portugal sortirait renforcée par rapport à Castille, nous aurons les ingrédients nécessaires pour comprendre l’épopée portugaise des Découvertes.

L’Expansion

L’expédition à Ceuta

Pour bien mener l’expansion maritime dont ils rêvaient, les Portugais avaient cependant besoin de points stratégiques de soutien à l’extérieur du pays, voire du continent. C’est précisément dans ce contexte que la prise de Ceuta, au Maroc, est envisagée.

Cette idée de création d’un bastion défensif n’est pas nouvelle; déjà au XIVe siècle, pendant le règne d’ Afonso IV (1325-1357), les Portugais avaient organisé des expéditions aux îles Canaries qui, pourtant, n’aboutirent à rien de positif, une fois que Castille finit par s’en emparer. De par sa position maritime stratégique, qui assurait le contrôle du Détroit de Gibraltar, Ceuta était soupçonnée receler beaucoup de richesses, dues au commerce et aux butins des pirates qui trouvaient refuge dans son port.

Les préparatifs de cette expédition à Ceuta ont été l’objet du plus grand secret; le recrutement des marins et des hommes d’armes, le pourvoir des bateaux et des munitions, tout a été fait avec une grande prudence. Afin de ne pas lever des soupçons, le roi portugais João I (1385-1433) a d’ailleurs envoyé des émissaires au Royaume de Sicile – dont la reine avait demandé à se marier avec le prince héritier – leur but étant en effet de passer par Ceuta et recueillir un maximum d’informations sur sa topographie, points de défense et autres repères d’intérêt.

Lorsque les rois de Castille et d’Aragon prirent connaissance qu’une grande expédition portugaise se préparait, ils envoyèrent des émissaires pour prendre des renseignements. Le but de l’entreprise ne fut pas dévoilé; toutefois, on leur garantit qu’aucune action ne serait intentée contre leurs royaumes. On fit alors circuler la rumeur que l’expédition envisageait d’attaquer le Prince des Pays-Bas à cause d’actes de piratage pratiqués par des vaisseaux flamands. Mais on prit la précaution d’avertir celui-ci des réelles intentions; d’ailleurs, le roi portugais n’avait aucun intérêt à se chercher l’hostilité des princes du nord de l’Europe, où les Portugais avaient, déjà à l’époque, un comptoir commercial à Bruges.

Le 25 juillet 1415, une flotte part donc de Lisbonne et, après avoir fait escale à Lagos, en Algarve, arrive à Ceuta et la prend d’assaut le 21 août.

D’après les récits, la prise de Ceuta s’effectua assez facilement. Le roi portugais, avec une partie de la flotte, attire l’attention des Maures, pendant que ses deux fils, Henrique et Duarte (le futur roi) débarquent de l’autre côté. Après avoir mis hors combat un Maure dont les balles mettaient trop en confiance ses congénères, les Portugais profitent de la confusion générée pour rentrer dans la ville et y occupent peu à peu toutes les bonnes positions.

L’équilibre géopolitique acquis avec la conquête de Ceuta a été très avantageux pour le Portugal à cette époque, et on y fit construire une forteresse. La ville assurait un point de soutien en dehors du pays; permettait le contrôle du Détroit de Gibraltar – indirectement donc du commerce maritime de la Méditerranée – et l’éradication des pirates de cette zone; pouvait en cas de besoin constituer une base d’attaque contre les Maures de Grenade, voire même contre les forces de Castille ou celles des Français ou des Génois, qui en 1390 avaient déjà essayé, sans succès, d’attaquer la côte méditerranéenne de la Péninsule Ibérique.

Il ne manquait plus au roi portugais João I, dit le Grand, que la possibilité de lier la politique commerciale de l’Atlantique Sud avec celle du nord de l’Europe. Cette occasion s’est présentée par le mariage de sa fille, la Princesse Isabel, avec Philippe le Bon, Duc de Bourgogne.

Le maintien de Ceuta s’avérera entre-temps trop lourd pour le Portugal, à cause des attaques répétées et violentes des Maures contre la ville, ce qui amènera les Portugais à chercher d’établir une politique de conquête élargie à tout le Maroc.

Ainsi, à des époques postérieures, d’autres expéditions en Afrique du Nord se poursuivirent et d’autres villes furent conquises ou attaquées. C’est le cas de Larache (1489), Azamor (1486), Mazagão (1502), Agadir (1505), Safim (1508). Ce n’est qu’après 1578, date à laquelle le jeune roi portugais Sebastião fut tué et les troupes portugaises défaites par Al-Mansur lors de la bataille d’Alcacer-Quivir, que le Portugal a commencé à perdre successivement ses territoires du Maroc. Pour ce qui est de Mazagão, où une forteresse avait été construite, les Portugais l’ont abandonnée en 1769 sous l’ordre du Marquis de Pombal, qui estimait que son maintien devenait trop cher. Les derniers habitants furent donc embarqués dans des navires et, après un court passage par Lisbonne, partirent fonder une nouvelle Mazagão au Brésil. En Afrique, une autre Mazagão ressurgit aussi: El-Jadida, qui signifie « nouvelle », par opposition à l’ancienne ville.

Pour le moment, cependant, Ceuta constituait un bastion stratégique de premier choix, en garantissant l’accès au commerce de la Méditerranée et le maintien d’un point de force militaire au Sud, devenu entre-temps un foyer de pression sur la Péninsule Ibérique, comme nous l’avons déjà vu. La ville représentait en outre un pilier pour des excursions encore plus loin vers le sud. Les Portugais y firent bâtir une forteresse et une cathédrale.

L’extraordinaire épopée des découvertes maritimes portugaises allait bientôt débuter, la grande impulsion en ayant été donnée par le prince Henrique, personnage historique que la tradition place au centre de l’expansion portugaise du XVe siècle.

Si c’est un fait que l’image du prince fut parfois un peu survalorisée par ses biographes – surtout par Zurara – ce n’est pas moins vrai que par sa ténacité, fermeté et sens de l’organisation, Henrique le Navigateur a joué un rôle majeur dans l’épopée des Découvertes maritimes du Portugal. On lui doit, parmi d’autres initiatives, l’installation à Sagres, sur la Côte Vicentine, d’une école pour l’enseignement des arts nautiques.

Les archipels de Madère et des Canaries

Trois ans après la prise de Ceuta, vers 1418-19, les Portugais ont initié les voyages d’exploration de l’océan Atlantique, en longeant la côte africaine.

João Gonçalves Zarco et Tristão Vaz Teixeira arrivèrent ainsi aux îles de Madère en 1418 et de Porto Santo en 1419, leur colonisation ayant commencé aussitôt. Mais si officiellement l’île de Madère n’a été découverte qu’en cette année 1418, son histoire et aussi ses histoires ont commencé beaucoup avant. Elles nous parlent de pirates, de navigateurs, d’aventuriers et même d’amants malheureux.

Pour ce qui est des pirates et des aventuriers, nous ne savons pas grand chose. Mais en ce qui regarde les navigateurs, apparemment déjà entre 1317 et 1336 le Génois Pessanha, amiral à la cour du roi portugais Dinis (1279-1325), aurait été un des premiers navigateurs à apercevoir l’île.

Quant à l’histoire d’amour, nous nous référons à cet infortuné couple d’Anglais, Anne d’Orset et Robert Machim, dont le bateau aurait naufragé en 1346 lors d’une tempête; d’après les récits de leurs compagnons de voyage, ils se seraient réfugiés dans l’île, où ils auraient péri quelques jours plus tard. À en croire la légende, le nom de la ville de Machico serait né de Machim. À en croire une autre légende encore plus mystérieuse, les îles qui constituent l’archipel feraient partie du continent perdu et mythique de l’Atlantide.

Mises à part les légendes, les chroniqueurs portugais de l’époque – surtout Zurara – nous disent aussi que l’archipel de Madère, ainsi que les îles Canaries, étaient déjà connus au XIVe siècle. Et ces affirmations sont confirmées par la cartographie qui nous est arrivée de cette époque. En effet, dans la carte de Dulcert, de 1339, sont mentionnées trois des îles qui composent l’archipel des Canaries, et dans le planisphère du cartographe catalan Cresques, en 1375, toutes les îles de cet archipel sont dessinées avec beaucoup de rigueur et portent déjà les noms par lesquels elles sont connues encore aujourd’hui.

Quant à l’archipel de Madère, si d’un côté Dulcert a ébauché dans sa carte un ensemble insulaire que nous pouvons identifier à cet archipel, d’un autre côté la nomenclature qu’il a utilisée est loin de ressembler à celle que nous employons aujourd’hui. Par contre, dans la carte dite de Medici, datée d’environ 1370, sont indiquées les trois îles principales de l’archipel, à savoir « porto sancto » (Porto Santo), « i. de lo legname » (Madère) et « i. Deserte » (Desertas); il manque seulement la désignation du groupe des petites îles Selvagens (Sauvages), qui pourtant viennent mentionnées dans le planisphère de Cresques, auquel nous avons fait allusion ci-dessus. Ce dernier atlas se trouve au Musée de Barcelone et il nous renseigne sur l’idée que les hommes bien informés de la fin du XIV se faisaient du monde. Un fils de Cresques a vécu au Portugal au service du prince Henrique, le Navigateur.

Les richesses naturelles de l’île de Madère et son climat chaud et humide offrent des conditions exceptionnelles au développement d’une végétation extraordinaire, et c’est grâce à la richesse arboricole que les premiers colons ont trouvée dans l’île – mais qui mystérieusement disparut entre-temps – qu’elle est depuis toujours connue sous le nom de Madère, en portugais Madeira, qui veut dire « bois » – d’où son ancien nom « legname ». Par le charme de sa végétation luxuriante et la beauté de sa baie d’eaux profondes et limpides, l’Ile de Madère est le plus ancien site touristique en Europe et un vrai jardin d’Eden.

Le Prince Henrique y fit planter la vigne de Chypre et de Crète; aussi la canne à sucre venant de Sicile. Ces deux produits, d’une qualité exceptionnelle, attirèrent les marchands européens, surtout les Flamands et les Anglais, et parmi les premiers commerçants on trouve Christophe Colomb: il s’était marié à la fille du Gouverneur de l’île de Porto Santo et vécut à Madère pendant quelques années. L’île deviendra, par la suite, l’escale obligatoire pour les bateaux venant des Indes et des côtes africaines.

L’île de Madère est facilement accessible à la navigation vers le sud à cause des vents prédominants du nord-est et du nord, parfois du nord-ouest. Son rôle fut d’une énorme importance, tant dans le soutien à l’expansion vers le sud, que dans la divulgation de la foi chrétienne à travers les responsabilités et privilèges accordés au diocèse de Funchal, notamment de 1514 à 1534.

Elle suscitera aussi à de maintes occasions la convoitise des pirates français et des « conquistadors » espagnols, et si son rôle fut important à l’époque des Découvertes, il n’en fut moins significatif au début du XIXème siècle, lorsque l’île fut reconnue comme essentielle à la stratégie des forces luso-britanniques contre les invasions napoléoniennes et pour la reprise de l’espace continental portugais.

Avec l’île de Madère comme pilier intermédiaire, les Portugais peuvent alors envisager d’aller plus loin, mais dans l’immédiat ils préfèrent rester encore dans les parages et envoyer une nouvelle expédition aux îles Canaries. Ce qu’ils font en 1424.

Les conflits entre la Castille et le Portugal éclatent pourtant à nouveau et ne termineront qu’après la signature du Traité d’Alcáçovas en 1479, par lequel le roi portugais Afonso V (1438-1481) renonce définitivement à sa prétention aux îles Canaries.

La découverte des Açores

En 1425 eurent lieu les premières navigations jusqu’à la mer des Sargasses, et entre 1427 et 1432 les Portugais découvrent une grande partie des îles des Açores. Un nouveau pas venait d’être franchi.

De part les vents favorables (le célèbre anticyclone des Açores qui influence tellement le climat portugais et de l’Europe) et sa position géographique au départ de Lisbonne, l’archipel proportionne un dernier point de soutien, soit dans la recherche d’autres terres plus à l’ouest ou au sud, soit lors des longs retours depuis ces mêmes terres. C’est ainsi que dans un premier temps les Açores ont été vus, d’une certaine façon, comme base d’appui pour arriver aux Indes par l’occident, et que Christophe Colomb y a cherché abri et provisions à son retour de la découverte de Cuba et Haïti. Les Açores conserveront pendant trois siècles ce statut exceptionnel, et il faut rappeler que leur position stratégique permet aujourd’hui de forts dispositifs de commandement, opérationnel et logistique des Etats-Unis et du Canada dans cette zone.

Le peuplement des îles des Açores, jusque-là désertes, commence aux environs de 1432 par les premiers colons portugais et aussi flamands. Angra, dans l’île Terceira, était déjà une ville riche et importante en 1492 et deviendra, par la suite, un des rares points d’intersection des routes maritimes des deux empires coloniaux ibériques. Le premier hôpital portugais en rapport avec les découvertes y fut installé. Le centre historique de la ville d’Angra est aujourd’hui considéré patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO.

À la mort du roi João I, en 1433, son fils aîné Duarte (1433-1438) monte sur le trône. Ce sera un règne court (cinq ans) et peu heureux, malgré certaines étapes fondamentales dans l’exploration maritime. Du point de vue de la politique interne, il a essayé une plus grande centralisation du pouvoir; du point de vue de l’expansion maritime, les Portugais commencent vraiment l’exploration maritime de la côte atlantique de l’Afrique.

Les premières explorations de la côte atlantique de l’Afrique

Le premier voyage dont le caractère nettement scientifique peut être invoqué fut celui que Gil Eanes réalisa en 1434 jusqu’au-delà du cap Bojador sous l’ordre du roi Duarte (1433-1438). Le financement effectif de cette expédition partait pourtant des poches de son frère le prince Henrique, qui a d’ailleurs jusqu’à sa mort en 1460 financé une grande partie des expéditions maritimes portugaises.

C’était une entreprise extraordinaire pour les explorateurs de l’époque. Bien que les mystères de la mer et les êtres mythiques et fantastiques qui la peuplaient aient toujours hanté l’imagination de l’homme depuis l’Antiquité, elle n’en était pas pour cela moins terrifiante. D’après la tradition des Anciens et du Moyen-Age, la mer inconnue était non seulement disparate mais aussi destructive et mortelle.

Pour les Portugais de cette époque, cependant, la mer représentait l’aventure. Pour les pêcheurs portugais, elle était nourricière et leur donnait le pain de chaque jour; les marchands y trouvaient une source de profit potentiel, malgré les risques; et pour les poètes, comme Camões, la mer était le lieu de rencontre total avec l’amour. Pour beaucoup de penseurs et hommes de lettres d’aujourd’hui, la fascination des Portugais pour la mer est une caractéristique nationale. Cela explique, peut-être, pourquoi les navigateurs portugais se sont aventurés si loin, toujours plus loin dans l’océan.

Une fois dépassé le Cap Bojador, Gil Eanes arrive l’année suivante à Angra dos Ruivos et en 1436 à Galé. En 1437, il effectue des explorations encore plus vers le Sud, sur la côte africaine.

Mais des nuages noirs vont obscurcir le ciel bleu de ces gloires: instigué par certains membres de la noblesse et par ses frères Henrique et Fernando, le roi Duarte recommence les expéditions au Maroc. Tanger est attaquée, mais les Portugais subissent une regrettable défaite, et le prince Fernando est fait prisonnier. Les conditions de sa libération passent par le retour de Ceuta aux mains des infidèles. La Court réunit et délibère contre, et le prince est laissé à son sort. Ce malheureux événement a profondément touché le roi et sûrement contribué à sa mort prématurée.

Le prince héritier Afonso ayant seulement 6 ans, son oncle le prince Pedro devient régent, malgré certains bouleversements et conflits, notamment avec la reine-mère. La politique d’expansion continue pourtant.

En 1443, le prince régent donne à son frère Henrique le Navigateur le monopole de la navigation, de la guerre et du commerce dans les terres au-delà du Cap Bojador. L’exploration des côtes de Guinée se poursuit.

En 1446, à sa majorité, Afonso V (1438-1481) monte sur le trône et devient hostile envers son oncle, le prince régent. Le conflit se termine par la mort de celui-ci dans la bataille d’Alfarrobeira.

En 1453 la ville de Constantinople tombe aux mains des Ottomans, et en 1456 le pape Caliste III exorte les rois chrétiens à la croisade pour la libération de la ville. Afonso V répond à l’appel et prépare aussi une armée, mais, comme nous le savons, les chrétiens y ont échoué: Constantinople est restée aux mains des Turcs. Le roi portugais dirige alors son attention vers le nord de l’Afrique, ce qui trouve sa justification dans le fait que la ville de Ceuta est toujours isolée et difficile à défendre, surtout à cause des pirates. Et les expéditions au Maroc recommencent: la ville d’Alcácer-Ceguer est prise en 1458; la ville d’Anafé le sera en 1464 et Arzile en 1471. La représentation de la prise de cette ville marocaine fait l’objet des célèbres tapisseries de Pastrana (Guadalajara), confectionnées vers la fin du XVe siècle. Tout porte à croire que l’auteur des dessins qui ont servi à son exécution fut Nuno Gonçalves, le peintre des célèbres tableaux de Saint Vincent.

Les conquêtes d’Alcácer-Ceguer et d’Arzile mettaient dans une position difficile la ville de Tanger, située entre les deux. Les Maures l’ont donc abandonnée aux Portugais. Cette politique de campagnes africaines valut à Afonso V le titre de l’Africain.

En 1460, deux ans après la prise d’Alcácer-Ceguer, Henrique le Navigateur, meurt. L’épopée maritime portugaise perd son plus grand instigateur, mais n’est nullement affectée par sa disparition. Les bases avaient été créées, l’exploration était devenue un projet national qui serait, désormais, contrôlé directement par la couronne, à commencer par l’organisation administrative des nouveaux territoires.

Ainsi, Dinis Dias arrive au promontoire de Cap Vert, et en 1462 Pedro Sintra arrive à la péninsule de Sierra Léone. Entre 1471 et 1472, Pedro Escobar et João Santarém découvrent les îles de São Tomé et Prince. Encore en 1472, Fernando Pó arrive à l’île qui porte aujourd’hui son nom.

Des événements inattendus arrivent pourtant en 1474, qui vont détourner l’attention du roi Alphonse V de la politique maritime portugaise. Le roi de Castille vient de mourir et le pays est confronté à une crise dynastique. Le roi portugais rassemble alors une force de 20.000 hommes et rentre en Espagne. La rencontre se donne à Toro et, bien que pas très claire du point de vue militaire, elle va cependant favoriser politiquement les Castillans: à la suite du mariage de Ferdinand, roi d’Aragon, avec Isabelle, reine de Castille, les deux royaumes avaient été réunis sous la même couronne, ce qui constituait une force politique trop puissante.

La paix est alors recherchée, et en 1479, le roi portugais et les rois catholiques signent à Toledo le Traité d’Alcáçovas. Par ce traité, les deux royaumes acceptent le partage des terres de l’Atlantique par le parallèle des Canaries, ce qui assurait aux Portugais l’exclusivité des routes maritimes et l’institution du mare nostrum, afin d’empêcher les bateaux d’autres pays de pénétrer dans les terres du Golf de Guinée. Mais malgré cela, les rois catholiques avaient déjà entre-temps attaqué certaines positions portugaises sur la côte africaine.

Les découvertes maritimes pendant le règne de João II

À la mort d’Afonso V, en 1481, son fils João – que le roi portugais avait déjà associé au pouvoir pendant les sept dernières années de son règne – monte sur le trône.

João II (1481-1495), dit le Parfait, sera un des rois portugais les plus illustres: il renforce le pouvoir royal et maintient le pays sous son autorité forte et un peu paternaliste. Et c’est lui qui ouvrira les portes de l’Inde. Mais pour ce faire, il redonne une nouvelle dimension à la politique maritime: premièrement en renforçant le commerce d’Afrique; deuxièmement en garantissant la défense des intérêts portugais dans le monde de l’époque.

En ce qui regarde le renforcement du commerce d’Afrique, trois aspects sont à considérer, à savoir: a) des voies alternatives à celles du nord d’Afrique dans la recherche de l’or à l’intérieur de ce continent, les échanges commerciaux étant faits en monnaie de ce métal précieux; b) recherche d’esclaves pour faire face au manque de main-d’oeuvre dans l’agriculture; c) établissement de contacts avec le mystérieux royaume de Prête Jean car, selon la légende, ce royaume empruntait une bonne route d’accès aux épices de l’Orient, la route traditionnelle étant aux mains des Vénitiens. La république de Venise, d’ailleurs, a essayé par tous les moyens, au XVIe siècle, de rendre difficile l’établissement des Portugais en Orient.

Est ainsi fondée, encore en 1481, la forteresse de Saint-George de la Mine, sa construction étant conclue l’année suivante. Cette forteresse constituera une pièce essentielle comme point de soutien dans le commerce et la navigation dans l’Atlantique sud, plus tard aussi dans la traite des esclaves.

Il faut remarquer, à propos de l’esclavage, que cette pratique était considérée normale par les Européens de cette époque; elle était en plus acceptée par l’église de Rome comme un pas vers la conversion de ces populations à la foi chrétienne. Il ne faut pourtant pas oublier que ce ne sont donc pas les Européens qui l’ont initiée à l’époque, puisque elle n’existait plus en Europe, y ayant été éradiquée depuis des siècles. Comme l’Histoire nous le raconte, l’esclavage était en usage en Afrique depuis toujours. Les Européens se sont limités à en profiter. L’esclavage a malheureusement toujours existé; elle existe encore aujourd’hui sous d’autres formes, bien plus sophistiquées.

João II envoie ensuite le navigateur Diogo Cão en expédition le long du golf de Guinée. Diogo Cão arrive à l’embouchure du fleuve Zaïre en 1482 et entreprend d’y établir de bonnes relations avec les populations congolaises. Puis il continue vers le sud et atteint le Cap de Saint-Augustin; il y implante une borne afin de marquer symboliquement la possession, par le roi du Portugal, de toute la zone environnante. Cette méthode de signaler avec des bornes les endroits les plus importants où ils arrivaient fut poursuivie par les Portugais pendant les dernières années du XVe siècle et le début du XVIe.

Ces relations s’avèrent tellement bien réussies que le roi du Congo se convertit au catholicisme et reçoit au baptême le nom de João, d’après le nom de son parrain, le roi portugais. Il s’engagera aussi à envoyer le prince héritier à Lisbonne, pour y recevoir une éducation chrétienne assortie des principes de la culture européenne.

D’autres congolais viendront au Portugal, y seront baptisés et y apprendront la langue et les coutumes portugaises. Cette politique de captation et entretien de bonnes relations avec les autres peuples se poursuivit encore pendant assez longtemps, malheureusement elle fut progressivement délaissée à partir du XVIe siècle, jusqu’à disparaître complètement.

Entre 1484 et 1485, Diogo Cão continue ses explorations et arrive ainsi au royaume de Bénin (aujourd’hui le Nigéria). Des relations diplomatiques et d’évangélisation sont tout de suite entamées par le roi portugais avec ce pays, et un prince déchu de ses domaines est même venu au Portugal chercher de l’aide et y reçut le nom de baptême de João de Bémoin. Il n’a pas été très fortuné, pourtant, car il fut soupçonné de trahison et assassiné, lors de son retour chez lui, par le capitaine portugais chargé de l’accompagner et le remettre sur le trône. Cet ancien royaume – tombé sous domination anglaise en 1892 – tirait sa fortune du commerce d’ivoire et d’esclaves avec le Portugal. Un comptoir y fut fondé en 1486.

En descendant la côte du Golf de Guinée, Diogo Cão arrive en Angola, qui deviendra par la suite colonie et province portugaise. Une forteresse y fut aussi fondée. L’Angola obtiendra son indépendance en 1975, à la suite de la révolution des oeillets au Portugal (le 25 avril 1974).

En 1487, croyant aux informations cueillies auprès des princes de Bénin qui avaient des relations avec l’Ethiopie, João II (1481-1495) décide d’envoyer deux émissaires portugais se renseigner sur ce royaume du mystérieux Prête Jean, personnage nourri de légende depuis Richard Coeur de Lion. Les deux émissaires portugais devaient aussi prendre des renseignements sur le commerce et la navigation sur l’Océan Indien. Leurs missions étaient pourtant différentes: Afonso de Paiva porterait des lettres pour le Prête Jean, avec lequel il était chargé d’établir des contacts; Pêro da Covilhã devait arriver par terre aux entrepôts de l’Océan Indien et apporter au roi portugais des informations complètes sur les pays producteurs des épices qui intéressaient l’Europe, ainsi qu’obtenir la confirmation, auprès des riverains des côtes orientales de l’Afrique, de l’existence d’une jonction maritime de l’Océan Indien avec l’Atlantique.

Avec une lettre accréditée pour « tous les pays du monde » et de l’argent en poche, ils sont tous les deux partis du Portugal, pays auquel aucun d’eux ne retournera plus. Ils suivent route ensemble jusqu’à Aden (aujourd’hui capital et port du Yémen du Sud), où ils se séparent pour continuer chacun sa mission, après quoi ils devaient se rejoindre au Caire pour retourner ensemble au Portugal. Laissons de côté Afonso de Paiva qui trouvera la mort au Caire, et suivons un peu plus de prêt la mission de Pêro da Covilhã.

À Aden, Pêro da Covilhã prend un vaisseau pour Cananor, puis il part à Calicut, sur le golf d’Oman. Ce port était à l’époque une des villes les plus mercantiles de l’Orient, point de rencontre des vaisseaux venus de La Mecque et d’Ormuz, des marchands de Ceylan, parmi d’autres. Pêro da Covilhã y conclut une partie de sa mission, se renseignant sur les lieus de provenance des marchandises, de leurs prix à l’origine, des distances qui séparaient les divers ports d’escale, etc. Il décide de visiter encore Goa et Ormuz, sur le golf Persique. Ensuite il reprend le chemin de retour en Afrique, mais on ne sait pas avec exactitude quels furent les ports d’escale, ni dans quelles conditions ce voyage s’est réalisé. Ce dont nous sommes en mesure d’affirmer c’est qu’il descendit la côte orientale d’Afrique jusqu’à Sofala (sur la côte de Mozambique), dernier port navigable au sud, à l’époque, où il recueillit des informations sur l’or venant de l’intérieur et sur la communication des deux océans.

Une fois arrivé de nouveau au Caire, Pêro da Covilhã apprend la triste nouvelle de la mort d’Afonso de Paiva. Il est aussi attendu par deux messagers du roi João II, qui lui transmettent de nouveaux ordres: accompagner un des messagers à Ormuz (on ne sait toujours pas aujourd’hui quel était le but de ce voyage) et visiter le royaume de Prête Jean. Pêro da Covilhã écrit au roi une lettre-rapport (qui malheureusement s’est perdue plus tard) sur les démarches entreprises jusque-là, conduit le messager à Ormuz, puis revient en Afrique et se met en route vers l’Ethiopie.

Il y arrive entre début 1492-1493, c’est-à-dire cinq à six ans après son départ du Portugal et il y restera pour le restant de sa vie: le roi d’Ethiopie ne lui donnera jamais la permission de sortir du pays, mais lui accordera par contre des faveurs et des charges administratives importantes. Des années plus tard, déjà septuagénaire, Pêro da Covilhã est visité par un missionnaire portugais qui le trouve entouré d’enfants et plongé dans l’administration de ses propriétés.

C’est grâce aux Portugais, qui depuis le XVe siècle s’efforçaient d’entrer en rapport avec ce fantastique pays de Prestes Jean, que les légendes qui l’entouraient ont donné lieu à la connaissance de la réalité. Au début du XVIe siècle, le roi d’Ethiopie demande l’aide du Pape, qui suggère au roi du Portugal d’intervenir militairement en défense du pays. Les ruines d’un château construit par les Portugais à Gondar témoignent encore aujourd’hui des bonnes relations entre le Portugal et l’Ethiopie à cette époque.

Un fait illustre, qui sera le tournant décisif et tant attendu pour la découverte de la route maritime vers les Indes, marquera encore le règne de João II (1481-1495). En effet, en 1487, la même année où Afonso de Paiva et Pêro da Covilhã sont partis de Lisbonne remplir leur mission en Afrique et en Asie, comme nous venons de voir, le navigateur portugais Bartolomeu Dias double le Cap des Tempêtes, qui sera rebaptisé Cap de Bonne Espérance sur l’ordre de João II. Les sources dont nous disposons pour la reconstitution de ce voyage ne sont pas énormes, mais nous savons que la flotte comprenait trois vaisseaux coordonnés par Bartolomeu Dias.

Tout semble être ainsi sur la bonne route pour continuer vers les Indes, mais deux événements inattendus viennent bouleverser les desseins du roi: la mort du prince héritier en 1491 et la Découverte des Antilles (Cuba et Taïti) par Christophe Colomb, en 1492. Entre-temps, par initiative diplomatique de l’Espagne – finalement unifiée avec la conquête de Grenade – le Pape Alexandre VI publie la Bulle Inter Coetera, clairement fâcheuse pour les intérêts portugais.

Le roi João II proteste, et après de longs pourparlers il conclut avec les rois catholiques, en 1494, le célèbre Traité de Tordesillas (dont la dernière page porte les signatures des rois du Portugal et de l’Espagne), qui séparaient le monde en deux sphères d’influence, une espagnole, l’autre portugaise, et fixait la ligne de démarcation séparant les possessions coloniales des deux pays respectifs à 370 lieues à l’ouest des îles de Cap-Vert. La situation géographique du Brésil dans l’hémisphère portugais a toujours levé des soupçons comme quoi l’existence de ces terres était déjà connue des Portugais avant leur découverte par Cabral.

Sous le point de vue des relations extérieures, le règne de Jean II fut marqué par une grande activité diplomatique dans la recherche d’harmonie avec les autres pays et aussi par l’espoir secret d’une future monarchie ibérique sous son fils Afonso, qu’il avait marié à la fille des rois catholiques. La mort prématurée du prince héritier ruina, cependant, ces propos et fut source de préoccupations pour le roi.

Peu avant sa mort, en 1495, João II accède à nommer comme successeur son beau-frère, Manuel, dit le Fortuné, car c’est sous son règne que le Portugal verra la réalisation d’un de ses plus grands rêves: la découverte de la route maritime vers l’Inde.

La découverte de la route maritime vers les Indes

Moins de deux ans après son acclamation comme roi, Manuel I (1495-1521) se marie à la fille des rois catholiques. Ils auront un fils, qui aurait été le futur roi de Castille, Aragon et Portugal s’il n’était pas décédé en 1500. Sa femme étant décédée en 1498, en 1500 Manuel I se marie à sa belle-soeur, qui à son tour décède en 1517. Un an après, le roi épouse Leonor, la soeur de Charles V.

Les 26 ans de règne de Manuel I connurent sans aucun doute un grand essor. Sous le point de vue de la politique interne, il consolida l’autorité royale, avec un petit penchant vers l’absolutisme, ce qui ressort de ses Ordonnances Manuélines; il a procédé à la réforme des tribunaux, au recensement de la population (ce qui a révélé environ 1.500.000 habitants); à l’actualisation du système tributaire. Par contre, sa politique par rapport aux Maures et Juifs fut un peu controversée.

Dans sa poursuite de l’expansion maritime, Manuel I fait préparer une flotte sous le commandement de Vasco de Gama, qui part de Lisbonne le 8 juillet 1497.

Cette flotte comprenait quatre caravelles: la São Gabriel, la São Rafael, et la Bérrio (nommée São Miguel dans certains documents); le quatrième vaisseau transportait les provisions. Avec eux suivait aussi une caravelle à destination de Saint-George de la Mine, sous le commandement de Bartolomeu Dias, le navigateur qui avait doublé le Cap de Bonne Espérance dix ans auparavant.

Le voyage se déroula avec de diverses vicissitudes: une fois des tempêtes, une fois des bonaces. Par un curieux et triste hasard du destin, le vaisseau commandé par Bartomomeu Dias a naufragé au large du Cap de Bonne Espérance, le cap même que ce navigateur avait doublé des années auparavant et qui l’avait rendu célèbre!

Le 25 décembre, jour de Noël Gama et ses compagnons arrivent à une terre qui, encore aujourd’hui, à cause de la date de ce fait, porte le nom de Natal (en Afrique du Sud)): Natal veut dire Noël en portugais. Ils continuent voyage et, en janvier 1498 déjà, arrivent au fleuve des Bons Signes (aujourd’hui Quelimane, au Mozambique), où ils restent pendant plus d’un mois.

Ensuite, ils touchent l’île de Mozambique, passent d’autres petites îles et, arrivés à Mombassa (Kénya), ils ont failli se faire tuer par trahison des Maures qui voyageaient avec eux. Ils s’en sortirent par hasard, dû à un problème de manoeuvre avec la caravelle commandée par Vasco da Gama. Dans son remarquable poème épique « Les Lusiades », Camões dit que seul l’effort conjoint de Vénus et des Muses – qui ont mis leurs seins contre le bateau pour éviter qu’il rentre dans le bras nord de la mer qui entoure l’île – a pu sauver les Portugais. Une embuscade leur avait, en effet, été préparée. Vasco da Gama réussit, toutefois, a mettre l’ancre à un autre endroit de l’île, où il fut très bien accueilli par le roi local, qui lui a envoyé du poivre, du gingembre et d’autres épices.

De Mombassa ils passent à Melinde, un tout petit peu plus au nord, et là aussi, Gama établit de bonnes relations avec le roi local, qui lui envoie un pilote expérimenté de l’océan Indien. D’après certains historiens, ce pilote serait le célèbre pilote arabe Ahmad Ibn Madjid, qui depuis plus de quarante ans naviguait l’Océan Indien jusqu’à Sofala. Ce n’est pas, toutefois, un fait prouvé.

Vasco da Gama arrive à Calicut le 20 mai 1498, presque un mois après le départ de Melinde. La première partie de sa mission venait d’être accomplie avec succès, mais pour ce qui est de l’établissement de relations commerciales avec le roi local (samorin) tout échoue, et Vasco de Gama retourne au Portugal.

Le roi Manuel avait pourtant la ferme intention de mener l’initiative à bon terme et de faire changer de mains – en sa faveur – le monopole commercial que d’autres détenaient.

Ainsi, deux ans plus tard, une autre grande flotte part à nouveau de Lisbonne – cette fois sous le commandement de Pedro Alvares Cabral – son but officiel étant d’imposer la domination portugaise à Calicut.

La découverte du Brésil

Le 9 mars 1500, une grande flotte composée de treize vaisseaux part de Lisbonne sous le commandement de Cabral. La flotte était constituée de treize vaisseaux. C’était la plus grande et plus puissante expédition navale jamais préparée pour la demande de terres lointaines et inconnues. D’après le dessin dans le manuscript du « Livre des Flottes », il n’y a que douze bateaux, pourtant, d’autres sources historiques nous renseignent qu’ils étaient en effet treize.

Cabral passe à côté des îles Canaries, continue en direction à l’archipel de Cap-Vert – où l’un des vaisseaux disparaîtra sans qu’on ait jamais su la raison – puis il prend la direction vers l’occident.

Le 22 avril – mercredi avant Pâques – les Portugais voient à l’horizon la coupole bleue d’un mont, auquel Cabral donne le nom de Mont Pascoal (de Pâques), à cause de l’époque de la découverte; les bateaux arrivent près de cette côte inconnue, au sable blanc et à la végétation luxuriante. Les Portugais venaient de découvrir la « terre gracieuse », plus tard appelée Brésil.

Les bateaux de plus petite taille approchèrent la côte, et immédiatement les Indiens tupiniquins, ornées de plumes et armés d’arcs et flèches, viennent à leur rencontre. Voyant qu’ils ne montrent aucune animosité, les Portugais débarquent et leur offrent des cadeaux. Certains de ces Indiens étaient complètement nus, d’autres ornées de plumes et armés d’arcs et flèches; on a compris plus tard que ces différents types d’habits correspondaient aux différentes hiérarchies sociales et aux différentes tribus. Ce qui a le plus choqué les Portugais fut leur nudité, qui était contraire à la doctrine chrétienne.

Entre-temps, Cabral cherche un endroit plus convenable aux autres bateaux, et le 25 avril il arrive à une baie qu’il appellera Baía Cabrália, d’après son propre nom. Le port qui y sera construit plus tard aura le nom de Porto Seguro, qui veut dire port en sécurité.

Le lendemain – dimanche de Pâques – les Portugais célèbrent la messe dans un autel érigé à l’ombre des arbres. Le 1er mai, une deuxième messe est célébrée, à laquelle participent déjà quelques Indiens qui, dans un souci d’imiter les manières des navigateurs, faisaient aussi le signe de croix.

Ce jour même du 1er mai, Cabral et ses capitaines décident d’envoyer le navire des provisions de retour à Lisbonne, afin de donner au roi Manuel la bonne nouvelle par la fameuse lettre de Pêro Vaz de Caminha.

Dans sa lettre, Pêro Vaz de Caminha décrit avec précision la découverte du Brésil et fait référence aux Indiens venus les accueillir et qui ont participé à certaines activités avec les Portugais. Lisons-en quelques passages:

« (…) Et ils se sont joints à nous de façon qu’ils nous ont aidé à transporter du bois et à le mettre sur les bateaux (…). »

« (…) Ils ont été avec nous, assis sur les genoux, debout lorsque que nous nous sommes levés, avec les mains levées comme nous. (…) Ils suivaient nos gestes d’une façon tellement sage que je certifie à Votre Altesse que cela nous a fait beaucoup de dévotion. »

« (…) Ainsi, je dis à Votre Altesse que ces gens vivent dans une telle innocence que celle d’Adam en pâlirait. »

Cabral appellera cette terre île de Vera Cruz, en honneur de la Croix du Christ. Plus tard, le roi Manuel I changera le nom en Terra de Santa Cruz (Terre de Sainte Croix), mais avec le passer du temps son nom officiel deviendra Brasil (Brésil en français) à cause du commerce du « pau-brasil » (en français brésillet), dénomination venant de la mystérieuse île Brasil de la cartographie ancienne. Le « pau-brasil » ou brésillet est un arbre dont le bois – aussi connu sous le nom de bois de Pernambuco – fournit une teinture rouge, très appréciée à l’époque de la Renaissance mais aussi très difficile à obtenir.

En effet, cet arbre venait d’Asie en forme de poudre et servait à teinter surtout les étoffes luxueuses, comme le velours. Lorsque les Portugais sont arrivés au Brésil, ils ont vu que ces arbres abondaient le long de ses côtes et aussi à l’intérieur des terres, le long des fleuves. En quelques années seulement, le commerce du brésillet par le Portugal devient un monopole, ce qui a attiré la convoitise des autres pays européens, qui n’hésitaient pas à utiliser la contrebande et très souvent aussi la piraterie pour voler les cargaisons des bateaux portugais. D’ailleurs, c’est dans le but d’y établir une colonie et d’exploiter économiquement le brésillet au profit de la France, que Nicolas Durand de Villegaignon, vice-amiral de Bretagne et corsaire à solde du roi de France, conduisit en 1555 une expédition sur la côte de ce qui est aujourd’hui la vile de Rio de Janeiro. Heureusement son action échoua.

Mais, revenons au voyage de Cabral. Après sa découverte des nouvelles terres, Cabral rebrousse chemin et prend la route du Cap de Bonne Espérance, en direction aux Indes. Restent à terre deux marins qui avaient déserté, ainsi que deux déportés, et ils seront les premiers Portugais à initier le métissage entre Blancs et Indiens, donnant ainsi naissance à la population du Brésil.

Aujourd’hui, les historiens sont de plus en plus d’opinion que la découverte de ces terres n’a pas été un fait fortuit, mais plutôt la conséquence d’une action bien pensée. À renforcer cette thèse, il y a la présence, parmi l’équipage, de Pacheco Pereira, qui deux ans auparavant avait été chargé par le roi Manuel de découvrir la partie occidentale de l’Océan Atlantique. En sa qualité de militaire et de cosmographe, Pacheco Pereira avait aussi fait partie de la délégation portugaise chargée de l’élaboration du Traité de Tordesillas en 1494. Et il avait commandé une expédition, secrètement organisé en 1498 par le roi portugais, dans le but de vérifier la ligne de démarcation de ce traité.

Le Traité de Tordesillas divisait le monde en deux sphères d’influence, une espagnole, l’autre portugaise. Il fixait la ligne de démarcation séparant les possessions coloniales des deux pays respectifs à 370 lieues à l’ouest des îles de Capt-Vert. La situation géographique du Brésil dans l’hémisphère portugais laisse penser que ces terres était déjà connues des Portugais avant leur découverte par Cabral.

Pour ce qui est de l’évangélisation de ces terres, un homme y a joué un rôle extraordinaire: le missionnaire portugais António Vieira. Né à Lisbonne en 1608, il partit au Brésil pour y amener la parole de Dieu. En plus de missionnaire il fut théologien, écrivain, ambassadeur, un grand défenseur des Indiens, et l’un des premiers humanistes. C’était une personnalité de rare bonté et sagesse, une des figures les plus marquantes du XVIIe siècle. Il mourut au Brésil en 1697.

L’expansion après la découverte du Brésil

Revenant au voyage de Cabral, nous apprenons qu’il laisse entre-temps les terres fraîchement découvertes du Brésil et qu’il prend la route du Cap de Bonne Espérance. Une fois y arrivé, il suit la route auparavant prise par Gama et continue vers Calicut.

Le samorin permet que les Portugais débarquent et établissent un petit comptoir, qu’il fait attaquer et piller par après. La plupart des Portugais qui s’y trouvaient sont morts, quelques-uns ont pu échapper et rejoindre Cabral, qui dans l’incapacité d’y établir un comptoir commercial, fait bombarder la ville. Puis il retourne au Portugal.

En 1500, Diogo Dias découvre l’île de Madascar. En 1501, une troisième flotte part de Lisbonne sous le commandement de João Nova, qui découvre les îles Sainte Helène et Ascension. Entre-temps, Gaspar Corte Real découvre la Terre Neuve. Des années auparavant, un autre Portugais, João Fernandes Lavrador avait déjà découvert la péninsule qui porte son nom – Péninsule de Labrador. Encore cette même année, une autre expédition est envoyée au Brésil.

En 1502, Vasco da Gama repart en Inde avec une flotte de 20 vaisseaux, afin d’y imposer par la force la domination portugaise. Cinq navires restent à l’entrée de la Mer Rouge, ce qui a été un coup dur pour le sultan d’Egypte et la République de Venise.

Sur le chemin de retour, Vasco de Gama passe par Madagascar, déjà visitée en 1500 par Diogo Dias. Il découvre encore, au nord de Madagascar, un groupe d’îles qu’il appelle d’Amiral (aujourd’hui les Seychelles). De retour au Portugal, le roi confère à Vasco de Gama le titre de Vice-roi de l’Inde.

De 1502 à 1542, date de l’établissement de relations entre le Japon et le Portugal, d’autres terres furent encore découvertes, des comptoirs commerciaux établis. La liste serait plus qu’exhaustive, je ne mentionnerai que les îles et les pays les plus connus de nos jours: début du XVe siècle, découverte de l’île Maurice et établissement des premiers commerçants portugais au Bangladesh; en 1505, installation sur les côtes de Ceylan (aujourd’hui Sri Lanka). En 1511, conquête de Malacca. En 1513, ils entrent en contact avec la Chine, qui leur concède le port de Macao. L’Indonésie (Timor) en 1514. La Thaïlande s’ouvre à eux en 1516. Ce ne fut qu’en 1542 qu’ils arrivèrent au Japon, mais ils furent les premiers Européens à prendre contact avec la culture nipponne.

Les Portugais attaquèrent systématiquement les forces musulmanes et leur principal allié, le samorin de Calicut. Ils bénéficiaient de leur supériorité technologique sur mer et du soutien, sur terre, de quelques rois orientaux, notamment ceux de Melinde (en Afrique orientale), et de Cochin et Cananor (dans le sud-ouest indien). La victoire, lors de la bataille de Diu, en février 1509, allait démontrer, par la suite, l’incapacité des flottes de l’Islam d’expulser les Portugais de l’Océan Indien.

À partir du début du XVIe siècle, on peut dire que les découvertes maritimes portugaises étaient pratiquement terminées, l’objectif qui les avait guidées à la fin du XVe siècle ayant été atteint, c’est-à-dire, la route des Indes et des épices.

Consolidation de l’Expansion

« Nous sommes venus à la recherche de chrétiens et d’épices ».

Ce fut sous cette forme simple mais claire que les premiers Portugais débarqués sur le littoral indien ont justifié l’apparition inattendue dans ces parages de navires en provenance de l’Atlantique.

En avançant jusqu’en Inde, les Portugais voyaient dans l’ouverture de la route maritime la création d’un nouveau canal liant l’Inde directement à l’Europe, ce qui permettrait non seulement le renforcement politique et économique de l’unité chrétienne, par conséquent l’affaiblissement de l’Islam et de leurs privilèges dans le contrôle de la vente des épices à l’Occident, mais aussi le transfert de ce rôle et du profit respectif vers le Portugal.

Certes, les voyages étaient longs, fatigants et pleins de dangers imprévus. Le départ de Lisbonne s’effectuait surtout en mars ou en avril, et le retour de Goa ou Cochin à partir de décembre, afin de profiter des vents favorables de la mousson.

Tous les navires n’arrivèrent pas à leur destination, mais en dépit de ces moments tragiques, Lisbonne est devenue une des villes les plus cosmopolites d’Europe, et les nouveautés qui y affluaient des nouveaux mondes attiraient les gens et leur offraient des possibilités d’échanges commerciaux et culturels.

Au-delà du Cap de Bonne Espérance, le Mozambique représentait aussi une étape importante pour le commerce afro-indo-portugaise. D’ailleurs, c’est au Mozambique que fut créé en 1502 le premier comptoir commercial portugais de l’Océan Indien. On y construisit aussi une forteresse en 1507, destinée à protéger les hommes et les biens.

À Mombassa, lieu de passage obligatoire sur la Route des Indes, on payait des impôts relatifs aux produits y commercialisés, tels l’ambre, l’ivoire, l’écaille de tortue, le poivre, et les tristement fameux cafres, des esclaves noirs amenés de l’intérieur africain et échangés contre des vêtements, du fer, du riz apportés par les navires portugais. Il y a quelques années à peine, on pouvait encore acheter à Mombassa de grands coffres munis de tiroirs sculptés et garnies de ferrures imitant des exemplaires portugais du XVIIe siècle.

Dans l’impossibilité de se fixer à Calicut – comme nous avons déjà vue – les Portugais établirent leur administration et leur comptoir commercial à Cochin, sur la côte de Malabar. Puis à Quilon, en 1505, qu’ils ont pourtant abandoné en 1512. Mais en 1510, après la prise de Goa, c’est cette ville qui deviendra le véritable centre de diffusion de l’activité commerciale.

Goa, la ville dorée, devient alors la capitale du futur « Etat portugais de l’Inde ». Pour l’organiser, Afonso de Albuquerque, premier gouverneur de Goa, adopta une politique d’entente avec les princes hindous, opposants systématiques des Musulmans. Et parce que Goa était, de par sa situation géographique, un lieu de passage des marchandises et de contrôle de la navigation sur la côte de Malabar, Albuquerque décide de lui annexer les territoires environnants, comme il l’avait déjà fait pour d’autres villes côtières.

C’est ainsi que sont successivement conquises, en 1510 et 1511, les villes d’Ormuz (à la sortie du Golfe persique) et de Malacca (sur le Détroit de Singapour), où les Portugais feront construire une forteresse. Seul le plan pour conquérir Aden (sur la route de la Mer Rouge) ne se concrétisera jamais.

Le vaste domaine portugais s’étendait au nord jusqu’à Chaul, Bombay et Damão (décolonisé en 1961); descendait en direction du nord-ouest et se prolongeait jusqu’à Diu, conquise en 1509, décolonisée et intégrée en Inde aussi en 1961.

Au cours de leurs voyages, les Portugais ne manquèrent aucune opportunité de s’établir là où les conditions leur semblaient favorables et les gens accueillants.

Des forteresses sont ainsi construites à Coulão, à Colombo (sur l’île de Ceylan, aujourd’hui Sri-Lanka), et à Malacca, cette dernière ville étant un point stratégique pour obtenir des renseignements précis sur la Chine et les « Chins », qui chaque année venaient à Malacca faire du commerce. Entre-temps, quelques Portugais se rendent à l’estuaire du fleuve des Perles, et après avoir débarqué à l’île de Sanchuão, ils y élèvent une borne et y installent un entrepôt.

Dans le but d’officialiser les relations entre le roi du Portugal et l’Empereur de Chine et d’obtenir la libéralisation du commerce et de la navigation, une mission part alors de Goa en 1516, en direction de la capitale de l’Empire Céleste. Mais la mission échoue et se termine par la mort tragique de l’ambassadeur portugais, la captivité de ses compagnons et la rupture des relations avec la Chine. Les échanges commerciaux se poursuivront, toutefois, dans l’illégalité et à grands risques, jusqu’à la cession par les Chinois, en 1557, du port de Amacao.

Bien qu’implantée sur territoire chinois, la ville de Macao était régie par les lois et coutumes portugaises. Dans ce territoire immense, les Portugais ont créé des centres de fabrication de la porcelaine, qui étaient toutefois l’objet d’une étroite surveillance de la part des Chinois. C’est pourquoi les Portugais ne modifièrent nullement l’apparence des pièces et se sont limités à y ajouter des légendes ou de petits détails décoratifs anodins. Outre leur intérêt artistique et historique, ces porcelaines témoignent de l’expansion du catholicisme en Extrême-Orient. 

Macao restera sous administration portugaise environ 442 ans. Comme nous le savons, Macao fut intégrée dans la République Populaire de Chine en octobre 2000.

Avant la fondation officielle de Macao, les Portugais voyagent encore en 1516 jusqu’au royaume de Siam (aujourd’hui la Thaïlande) et au Viêt-Nam. Ils arrivent à Timor en 1514, dont la partie orientale restera sous domination portugaise jusqu’en 1976. Nous nous souvenons encore des événements tragiques survenus dans ce pays depuis le départ des Portugais et jusqu’en 1999, date de leur indépendance.

Ce ne sera qu’en 1543 que les Portugais et les Japonais se rencontreront, pour la première fois, sur la petite île de Tanegashima. Les relations luso-japonaises se feront d’une façon très différente de celles éprouvées dans d’autres contrées de l’empire oriental. Les Portugais sont parvenus à y obtenir des bénéfices et des privilèges, sans jamais y ériger de forteresse, mais en offrant aux Japonais une marchandise hautement appréciée – la soie – et en leur proposant des produits considérés exotiques, car inconnus. Ils n’auront pas besoin, non plus, de recourir aux armes pour s’assurer un port, car celui-ci leur sera gracieusement offert dû à l’intervention des Jésuites. Les Japonais avaient réalisé l’intérêt qu’il y avait à faire leur commerce à proximité des missions de la Compagnie de Jésus. Dès 1571, toutes les activités commerciales se concentreront, donc, dans la ville portuaire de Nagasaki, un endroit fort avantageux offert par le « Daimio » de Omura.

En 1639, presque un siècle après leur établissement au Japon, les Portugais furent persécutés et expulsés, et le commerce avec la Chine, par Macao, interdit. La famille des shoguns Tokugawa, alors au pouvoir, craignait de perdre leur hégémonie à cause de l’activité de plus en plus florissante des marchands et des missionnaires portugais. Cet isolement ne prit fin qu’en 1868.

Le siècle écoulé entre l’arrivée des Portugais au Japon et leur départ est connu comme siècle Namban, d’après Namban-jin, c’est-à-dire, « barbares venus du sud », nom par lequel étaient appelées les Portugais à cause de leur teint foncé, de ses gestes, allure et vêtements, tellement curieux pour les Japonais.

Evangélisation des nouveaux territoires

Le travail d’évangélisation fut assuré sur les parcours africains et asiatiques par les clercs voyageant à bord des navires et par les missionnaires qui restaient à terre.

Au Congo et en Angola, l’évangélisation fut particulièrement active, mais le catholicisme ne se répandit pas toujours aussi vite que ne l’auraient souhaité les représentants de l’Eglise.

Pour ce qui est de l’évangélisation des terres du Brésil, elle fut assuré par le missionnaire portugais António Vieira, né à Lisbonne en 1608. Il fut missionnaire mais aussi théologien, écrivain, ambassadeur et un grand défenseur des Indiens. Sa personnalité hors du commun, pleine de bonté et sagesse, a fait de lui une des figures les plus marquantes du XVIIe siècle: il fut un des premiers humanistes. Il mourut au Brésil en 1697.

L’évangélisation missionnaire du patronage de l’Orient fut confié à la Compagnie de Jésus, mais aussi à l’Ordre du Christ et aux franciscains.

Saint François Xavier fut le premier père jésuite à toucher le sol nippon, où il fut reçu par le « Daimio » de Omura qui lui permit d’y lancer, en 1549, un mouvement d’évangélisation qui porta ses fruits. Malgré toutes les vicissitudes par lesquelles ils sont passés, Saint François Xavier et ses compagnons poursuivirent leur mission au service du roi du Portugal. Ils effectuèrent leur mission par la voie de l’enseignement, pour ainsi atteindre les jeunes mais aussi les gens hautement placés. Ils savaient que dans un pays hautement hiérarchisé comme le Japon, il était difficile à un subordonné de désobéir à son chef.

En 1552, lors d’un voyage en Chine, le vaisseau de Saint François Xavier naufragea et le missionnaire y perdit la vie. Son corps, conservé intact, est vénéré à Goa. Il est considéré le saint patron de l’Orient catholique.

L’Église et l’État se donnèrent aussi les mains: depuis le XVe siècle, les rois portugais avaient l’autorisation du Pape à fonder et à ériger des églises et des monastères sur les terres découvertes ou conquises. Partout où les Portugais arrivèrent, ils laissèrent leur empreinte. Les églises du Brésil sont probablement les mieux connues et conservées, des autres il n’en reste que les ruines. C’est le cas de la très belle et ancienne église de S. Paulo, à Macao, dont seule la façade tient debout aujourd’hui. L’église avait été construite en 1575 lorsque Macao avait été dotée d’un évêque.

Conséquences culturelles et scientifiques

Tous ces voyages dont nous venons de parler ont apporté un moyen de circulation des connaissances et des techniques de navigation, dont la plupart étaient déjà utilisées par les Portugais bien avant l’expansion maritime. Le « Livro das Traças » est une sorte de catalogue, avec fiche technique exhaustive, des types et modèles de bateaux adaptés à chaque type de navigation. Dans ce livre, qui comprend deux cent soixante-six dessins, sont illustrés jusqu’au détail les pièces qui composaient les bateaux de l’époque des découvertes.

Une entreprise fantastique pour l’explorateur de l’époque, les répercussions de ces voyages ont contribué significativement à la combinaison pratique des connaissances scientifiques et techniques, ayant abouti à la construction de nouveaux instruments et nouvelles armes, et au développement de méthodes scientifiques modernes d’observation astronomique, pour ce qui a énormément contribué le travail du grand scientifique portugais de l’époque – Pedro Nunes.

Pedro Nunes, un des plus grands mathématiciens de son époque, fut cosmographe à la cour portugaise. Il y enseigna l’art de la cosmographie aux pilotes des routes maritimes. Il a aussi présidé à des examens d’aptitude de plusieurs cartographes et il a laissé une importante collection d’ouvrages imprimés, parmi lesquels le célèbre « Traité de la Sphère » et le livre « Petri Nonii Salaciensis Opera », constitué par la version en Latin de plusieurs textes sur l’art nautique.

Sous de point de vue de la Botanique, nouvelles plantes ont été découvertes, et dans ce domaine il faut distinguer Cristóvão da Costa et, surtout, Garcia da Horta, qui nous laissera une étude précieuse et systématique de la flore exotique et médicinal de l’Inde dans son ouvrage « Colloques des Simples et des Drogues et Choses Médicinales de l’Inde », parue en 1563 à Goa.

Les Portugais ont cherché dans les nouvelles terres les plantes connues par leurs vertus médicinales, leur intérêt agricole, leur caractère ornemental ou exotique. De ces plantes, il y en a qui se sont très bien adaptées au climat européen et font partie de notre quotidien. C’est le cas du maïs, de la patate, de la tomate, quelques haricots. Parmi celles qui n’ont pas réussi à s’adapter en Europe, beaucoup ont pu être introduites dans d’autres continents: le manioc en Afrique, le cocotier en Orient, les bananes en Amérique, pour ne mentionner que les plus connues.

L’histoire et la culture de la diaspora portugaise est un dialogue aussi long que fructueux entre les différentes cultures. Il déboucha sur un métissage des modèles et de l’imaginaire européens, d’un côté, avec des motifs et des thèmes autochtones, d’un autre. Les exemples en sont nombreux: l’art nambam co-existant avec les bois nacrés, les étoffes de soie ou les porcelaines de Chine; les meubles et les ivoires sculptés de Ceylan, les tapis indo-portugais d’influence moghol, les filigranes d’argent et les écailles de Goa.

L’évangélisation missionnaire du patronage de l’Orient – confié à la Compagnie de Jésus, mais aussi à l’Ordre du Christ et aux franciscains – créa elle aussi un art sacré où l’imaginaire occidental était traduit dans un langage exotique de métissage afro-portugais, indo-portugais et oriental.

L’histoire des découvertes et les récits et commentaires qu’elles ont suscités donnèrent naissance à une littérature riche en récits illustrant les différents points de vue portés sur la politique d’expansion. Cette littérature raconte comment les caravelles aux voiles ornées de la croix rouge de l’Ordre du Christ croisèrent les océans dans toutes les directions, en divulguant les grands courants de la pensée européenne et en ramenant, au retour, des expériences et des informations issues de l’observation directe.

Avec Luís de Camões et son extraordinaire poème épique Les Lusiades (dont de la première parution date de 1572), la littérature portugaise de l’époque atteint incontestablement son point culminant. Luís de Camões fut une des figures littéraires les plus illustres de la nation portugaise et aussi de la Renaissance; ses poèmes sont d’une beauté hors du commun, mais pas assez divulgués, car aucune traduction ne peut donner le sens lyrique dont ils sont empreints – il faut les lire dans sa langue originelle: le portugais. En plus d’hommes de lettres, Camões fut aussi soldat et navigateur, partout un Portugais empli de patriotisme. Ce n’est pas par hasard que le 10 juin, jour de sa mort, est devenu le Jour du Portugal et de la Communauté portugaise dans le monde.

Dans le domaine encore de la litterature, nous ne pouvons pas oublier Gil Vicente, le « père » du théâtre portugais.

À l’époque des grandes Découvertes, l’image de la nef était devenue si familière qu’elle fut intégrée dans le blason de la ville de Lisbonne, où elle s’est substituée à la barque côtière qui avait transporté le corps de Saint Vincent – martyr et patron de Lisbonne – du cap de l’Algarve qui porte le nom du saint.

Les cartographes portugais du XVIe siècle furent recherchés à prix d’or par toutes les marines d’Europe, et leur influence fut déterminante pour le développement et la mise à jour des cartographies italienne, allemande et autres.

L’épopée maritime des Découvertes est une histoire racontée à grands traits, aussi vastes que les océans, aussi considérables que les contacts établis. C’est aussi la science nautique, les astrolabes, les traités de navigation, la construction navale, les témoignages, parfois poignants, de ceux qui participèrent à cette grande aventure.

Et comme toute nation fière de son passé, le Portugal a laissé pour l’avenir des monuments magnifiques et évocateurs de cette épopée, comme le Monastère des Hiéronymites ou la Tour de Belém, tous les deux à Lisbonne. Le Monastère des Hiéronymites, en style Manuélin, d’après le nom du roi Manuel, qui le fit bâtir, est l’exemple le plus parfait de l’architecture religieuse de l’époque. Il fut construit pour glorifier l’épopée maritime portugaise et les hommes qui y ont participé. Ce monument est classé patrimoine mondial de l’Humanité par l’UNESCO. La Tour de Belém, par contre, est un exemple très réussi de l’architecture militaire portugaise.

L’énorme impact culturel dans le monde de cette contribution portugaise peut bien être résumé dans ces mots de Camões, le grand poète portugais de la Renaissance: « … pour donner de nouveaux mondes au monde ».

Bibliographie

HERMANO SARAIVA, José, História de Portugal, vol. 4, Publicações Alfa, Lisboa, 1985.

DE ALBUQUERQUE, Luís, Os Descobrimentos Portugueses, Publicações Alfa, Lisboa, 1985.

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Responses

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  3. Très intéressant, mais qui êtes-vous donc pour détenir tant de savoirs sur le cheval et les découvertes maritimes ? Robert (r.kirsch@free.fr)

    • Je m’excuse de ne vous répondre que maintenant. Le temps passe très vite et on oublie parfois ce qui n’est pas urgent et immédiat. Je suis tout simplement une femme (portugaise) qui aime les langues, les cultures des différents pays – mais surtout celle du Portugal, la science, l’Histoire, le jardinage, et j’en passe. Je vous invite à venir me rendre visite chez http://www.dulcerodrigues.info me mieux me connaître. Ce serait un plaisir. Je vous souhaite beaucoup de bonheur, joie et santé en 2014.


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